Darwin Et L’écologie. – Persée

Au cours des années 1960, le point de vue selon lequel Charles Darwin aurait joué un rôle important, sinon décisif, dans l’histoire de la constitution de l’écologie s’est imposé à la plupart des rares historiens de la biologie qui se sont penchés sur la question. La popularisation croissante de l’idéologie écologiste au cours de cette période a probablement contribué à focaliser sur cette problématique les études darwiniennes, puissamment relancées à l’occasion du centenaire de la publication de L’origine des espèces. Les relations de Darwin avec l’écologie sont néanmoins peintes avec des nuances diverses. Certains, comme R. C. Stauffer (1960), affirment clairement l’influence du biologiste de Down sur l’histoire de cette discipline. D’autres, comme Peter Vorzimmer (1965), parlent simplement de Г « écologie de Darwin », ou, très prudemment, comme Camille Limoges (1970), d’une perspective « proto-écologique » dans L’origine des espèces. Très récemment encore, Frank N. Egerton (1977) posait que Darwin « est indirectement responsable » de l’apparition de l’écologie. « Darwin » de l’index, la sous-entrée « Darwin as ecologist ». 1) Le texte qui suit doit beaucoup aux critiques et remarques du Pr Frank N. Egerton (University of Wisconsin). Celui-ci ne saurait toutefois être tenu pour responsable de la thèse hérétique selon laquelle Charles Darwin n’a pas eu d’influence notable sur la constitution de l’écologie.

31La seconde variable importante à considérer est la légitimité auprès des autres acteurs, grâce à laquelle la mobilisation autour du processus sera plus aisée. Un acteur légitime est un leader potentiel et, plus important, il est reconnu en tant que tel par les autres acteurs du territoire qui lui ont d’ores et déjà accordé leur confiance. Néanmoins, la capacité d’action sous-jacente de l’acteur sera largement dépendante du troisième attribut évoqué ci-après : le pouvoir. 32Le pouvoir économique peut placer l’acteur en position dominante sur le territoire. C’est le cas évidemment quand une grande entreprise structure toute la dynamique du territoire. Le pouvoir légal et administratif ne semble pas indispensable pour endosser le rôle de porteur de projet. Cependant, cet attribut est utile pour assurer la coordination qui peut être facilitée par la position hiérarchique de l’acteur ou encore par sa capacité à exercer une influence sur la stratégie d’aménagement du territoire par la mise en œuvre, par exemple, d’incitations réglementaires ou économiques.

Il pourra également faciliter la création de partenariats publics-privés. 33Une fois la caractérisation des acteurs réalisée et les porteurs et coordinateurs identifiés, on peut s’intéresser à la manière dont ils vont organiser leurs coordinations. 34Le territoire comme construit est le résultat de choix stratégiques des acteurs qui le composent. 35Les questions de coordination constituent ainsi un point central. Les synergies mobilisant en premier lieu des espaces productifs, la coordination concernera d’abord les entreprises. On sait, depuis les travaux de Marshall (1890), jusqu’à l’école proximiste (Colletis et al., 1999) que les processus de coordination ne passent majoritairement pas, dans le cas des « rencontres productives », par des mécanismes concurrentiels liés à des prix exogènes, mais par des processus construits (des règles) qu’il s’agit d’identifier. Ces processus sont eux-mêmes structurants pour les démarches d’écologie industrielle, et donc pour le développement territorial. 36Ce point de vue constitue certainement un point original de notre démarche.

En effet, la littérature dominante en écologie industrielle et territoriale ne s’intéresse guère à ces aspects de la coordination et se focalise majoritairement sur l’analyse des opérations autour des flux et des différentes parties prenantes (fournisseurs, consommateurs, co-échangistes) (Van Beers et al., 2007). Quand les coordinations sont analysées, les auteurs se réfèrent simplement aux mécanismes marchands, supposés efficaces (Desrochers, 2004). Or, dans le cas de l’écologie industrielle et territoriale, même si des prix de marché existent pour les matières ou les biens échangés (ce qui n’est pas toujours le cas), les facteurs motivant les acteurs à concrétiser un échange de flux de matière ou d’énergie, et les modes d’organisation de l’échange vont souvent en déterminer la pérennité. Par conséquent, l’analyse des modes de coordination d’une part, et la question de leur caractère endogène d’autre part, constituent deux des questions majeures de la compréhension des démarches d’écologie industrielle et territoriale. En un mot, la construction des règles fait partie et conditionne le résultat des expérimentations.

37La construction graphique des coordinations observées sur un espace territorial constitue le moment opérationnel de l’analyse de ces règles. Le travail proposé permet ainsi d’analyser les démarches en projet ou en cours à partir de photographies successives des relations entre les acteurs. Il est raisonnable alors de supposer que dans le cas de l’écologie industrielle et territoriale, comme dans le cas des systèmes productifs locaux (SPL) ou des districts industriels, les coordinations (marchandes et non marchandes) s’organisent principalement autour de réseaux d’acteurs8, parfois constitués antérieurement aux expérimentations, et qui sont plus ou moins bien identifiés sur l’espace territorial. 38La notion de réseau est fréquemment mobilisée pour analyser ce type de démarches. 39Comment définir le réseau ? Pour Grossetti, il s’agit d’« un découpage a priori dans un ensemble de relations a priori non déterminées et potentiellement infinies » (Grossetti, 2004 : 111). Les relations sont donc premières, même si, par ailleurs, le fait de se rencontrer dépend largement de l’appartenance à des structures collectives préexistantes (par exemple, le milieu industriel). 40Dans notre cas, les réseaux sont structurés autour des acteurs-clés identifiés dans l’analyse préalable.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


*

code